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Message par véronique renaud le Mer 18 Nov - 22:32

Voici le début d'une nouvelle que je suis entrain de rédiger pour le défi mensuel d'écriture. La majeure partie du récit est déjà rédigée. Je tenterai de le retaper à l'ordinateur et de vous partager la suite tranquillement durant les prochains jours. Je vous remercie à l'avance pour vos commentaires.


Le bleu. Partout. Partout où son regard se portait. Elle ne voyait que du bleu. Un bleu infini, indéfinissable. Anormal.

Le froid. Un froid glaciale, saisissant. Lui transperçant la chair et les os. Lui transperçant le cœur. Un frisson lui parcourut l'échine.

Son cœur... Battait-il seulement encore...?

Elle releva la tête ( se rappelait-elle seulement de l'avoir baissée?) et son regard confus, fiévreux, se posa sur ses environs. Elle avait de la difficulté à définir le vrai du faux. Tout lui semblait si réel... Pourtant... Son instinct, son esprit lui chuchotait de se méfier, lui suggérait...

Tout est un rêve. Rien n'est vrai. Réveille-toi... RÉV...

Un bruissement de feuille lui fit tourner la tête. Était-ce une ombre qui venait de se dissimuler dans l'obscurité? Ses bras, tremblants, se resserrèrent dans un simulation d'étreinte autour de sa taille, tentant vainement de lui apporter à elle-même une similitude de confort.

Son esprit, son esprit tentait de l'appeler, tentait de lui faire comprendre quelque chose, de lui rappeler quelque chose, mais...

RÉVEILLE-TOI!!!

Un flash, une lumière, blanche, aveuglante. Qu'était-ce? Une silhouette, du mouvement? Elle... Elle se rappelait...

Le bleu. À nouveau. Le froid et ses ombres qui se rapprochaient. Elle n'arrivait pas à comprendre la signification de cette lumière qui pourtant elle le savait était oh si importante. Elle n'arrivait guère à saisir la signification de ces chuchotements de son esprit tentant de lui rappeler la fausseté de ce monde, mais, cependant, elle savait une chose...

C'était que les ombres s'étaient multipliés et que si elle en croyait sa mémoire, elles n'avaient pas été aussi près avant son absence.
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Re: Pantophobie

Message par véronique renaud le Jeu 19 Nov - 13:40

***

C'était un de ces jours nuageux où le soleil semblait avoir abandonné la Terre, la laissant à la merci terne des nuages. C'était un de ces jours où les nuages s'agglutinaient en une masse inerte et amovible, recouvrant le ciel à l'infinie dans leur couverture froide et dépourvue de personnalité. C'était un lundi sans histoire où les citadins déambulaient sans joie, mais sans tristesse. C'était une journée comme il s'en fait mille et qui serait sitôt oubliée que le mardi pointerait se à l'horizon.

Bref, c'était un jour comme un autre en cette ville urbaine comme une autre et comme partout, les voitures circulaient dans les rues, s'arrêtaient, attendaient le changement du feu de circulation et repartaient sur leur route. Comme partout ailleurs, les gens allaient et venaient, sortant des bâtiments, entrant, courant, se pressant et repartaient, travaillaient.

Et comme ailleurs, au coin d'une rue toute aussi fréquentée que ses congénères, la porte d'un restaurant où les gens s'agglutinaient, entraient et sortaient, défilaient, la porte s'ouvrir, permettant la sortie d'une personne comme une autre.

Seulement, cette dame n'était pas exactement comme les autres. Contrairement aux autres, elle s'arrêta une fraction de seconde à la fermeture de la porte. Contrairement aux autres, ses épaules s’affaissèrent dans un mouvement de découragement bien qu'elle se ressaisit le moment suivant. Contrairement aux autres, lorsqu'elle remit en place le masque d'indifférence, celui-ci n'atteignit pas son regard qui maintient une étincelle d’agacement dans le fond de ses prunelles.

Et contrairement aux autres, elle ne sortit pas du bâtiment pour se diriger immédiatement vers un second.

Martine Lajoncquière se considérait comme étant l'incarnation même d'une humaine moyenne. Elle était typique des femmes de sa culture en tout point. À tous le moins, dans son opinion. Elle était d'âge moyen, d'éducation moyenne et enfin, militante moyenne. Seule différence d'avec ses contemporaines, elle semblait incapable de se construire une existence posée.

Âgée de trente-cinq ans, célibataire, sans enfant, sans profession, déménageant en moyenne deux fois par années et changeant d'emploi plus rapidement qu'elle n'arrivait à mémoriser le nom de la compagnie l'employant, son existence ne possédait pour ainsi dire aucune stabilité.

Sauf si on considérait son chat. Gustave était pour ainsi dire la seule constante dans sa vie. Cela aurait pût être triste si elle ne l'aimait pas autant.

Présentement, comme durant la moitié de toutes les dernières années, Martine se recherchait un emploi. Elle venait de sortir de sa onzième entrevue en deux jours et si elle se fiait à son instinct, cela avait été terriblement.

Et même si elle ne s'y fiait pas, le fait que le chef cuisinier du restaurant l'avait littéralement jetée en dehors de sa cuisine en lui interdisant de revenir à jamais dans ses locaux ne la remplissait pas d'espoir.

Lorsqu'elle pensait au fait que cette entrevue était de loin celle qui c'était le mieux déroulée...

Apercevant un parc de l'autre côté de la rue, la dame décida de traverser.

L'espace vert n'était en rien différent du reste de la ville. Partout, on y retrouvait la même effervescence, la même ferveur. Où les adultes déambulaient d'un espace de travail à un autre, les enfants accompagnés de technicien à l'enfance diplômés, s'efforçaient de jouer avec le même acharnement que leur aînés dévouaient à leur emplois. Seuls quelques rares personnes pouvaient être aperçut assis où se promenant calmement dans un coin reculé du parc.

Martine se dirigea vers une section paisible de l'espace vert et se laissa choir sur un banc. Elle ne savait plus que faire. La situation dans laquelle se trouvait prise lui apparaissait sans issue.

Bientôt, elle aurait épuisé ses dernières ressources financières... Bientôt, il ne lui resterait plus de solutions et elle semblait incapable de se sortir de cette impasse... Une inquiétude comme elle en avait rarement ressentit lui saisit le coeur. Qu'allait-elle faire...?

Une idée... Une pensée désespérée s'imposa alors à elle, faisant taire pour un moment ses inquiétudes.

Elle pourrait toujours... Après tout, il lui avait offert de l'employer...

Non. Jamais. Elle n'était pas désespérée de trouver un emploi au point de se réduire à aller le supplier de l'employer. Même s'il lui avait proposé ce travail en premier...

Un soupir s'échappa d'entre ses lèvres alors qu'elle se résoudait à l'inévitable. Qu'elle le veuille ou non, elle savait qu'elle avait besoin d'un emploi et travailler pour lui était toujours mieux que l'alternative ou plutôt, l'absence d'alternative.

Martine laissa sa tête tomber entre ses mains dans un mouvement de désespoir. Elle était bien obligée... Un élan de révolte la traversa brusquement. Non, elle ne se laisserait pas abattre. Il lui restait encore assez de ressource pour subvenir à ses besoins durant quelques temps. Elle pouvait se permettre un sursis. Dans le cas où elle n'aurait aucune alternative d'ici trois jours, elle pourrait se rabattre sur cette solution...

Emplie d'une nouvelle détermination, la dame se releva et se dirigea d'un pas décidé vers la sortie de l'espace vert.

Après tout, elle n'avait pas pour habitude de se laisser abattre.
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Re: Pantophobie

Message par véronique renaud le Dim 29 Nov - 8:49

***

Elle ne percevait plus que le bruit régulier de ses battements de coeur frénétiques. Ils lui semblaient si assourdissant qu'elle s'étonnait de ne les avoir jamais remarqué auparavant. Comment un tel vacarme avait-il pût lui rester inconnu jusqu'à ce jour?

Ils étaient cependant une distraction bienvenue en l'occasion.

Elle arrivait presque à en oublier le froid frigorifiant lui enserrant le coeur. Elle arrivait presque à en oublier la morsure du vent sur son visage.

Elle n'arrivait pas à en oublier les ombres la poursuivant dans l'obscurité.

Elles la poursuivaient. L'encerclaient, formaient un étaut autour d'elle. Elle le savait, bientôt, le piège fatal se refermerait sur elle.

Le rythme de ses pas s'accéléra à cette pensée et avec lui, la cadence de l'assourdissant bruit des battements de son coeur.

Seulement, cette fois-ci, il ne suffit pas à la distraire, car elle venait de comprendre une terrible vérité.

Les ombres s'étaient ajustées à son nouveau rythme sans exhiber la moindre difficulté.

Elles jouaient avec elle.

***

Martine tendit au vendeur un billet d'argent que celui-ci prit sans un mot, semblant plus âgacé d'être dérangé dans sa lecture qu'empressé à réaliser la transaction. La jeune femme attendit patiemment que l'employé du dépanneur lui rende sa monnaie, maintenant toujours son impressionnant mustime, avant de se saisir de ses achats et de quitter la boutique.

La dame en était venue à la conclusion que la première action à entreprendre pour se trouver rapidement un emploi serait de consulter les journaux principaux de la métropole. Elle s'était donc dirigée vers le dépanneur situé le plus près de sa position et avait entreprit l'achat d'une sélection des périodiques les plus importants de la ville. Il ne lui restait plus qu'à consulter les demandes d'emplois et à appliquer à celle qu'elle aurait le plus de chance d'être engagée.

S'il restait encore des endroits où elle n'avait pas été renvoyée dans cette cité...

Martine s'efforça de repousser cette pensée de son esprit. Il ne lui servirait à rien de se laisser aller au défaitisme maintenant et elle le savait. Elle s'était donnée trois jours pour se trouver un emploi et elle comptait les utiliser avec parcimonie.

Elle aurait tout le temps de se laisser aller à l'abbatement une fois ce délais écoulé.

Apercevant un café, la citadine s'arrêta un instant, hésitante. Après un moment de réflexion, elle se dirigea vers la porte d'entrée. Autant être bien installée pour débuter sa quête. Après tout, elle aurait besoin de tous les encouragements possible pour réussir. Le tintement de la cloche annonça son entrée dans le bâtiment alors que la porte se refermait derrière elle.

***
CLANG

Elle sentit son souffle se couper alors qu'elle s'effondrait au sol, le choc provoquant l'expulsion de l'air de ses poumons. Elle n'avait cependant pas le temps de se laisser récupérer son souffle. Elle devait se relever, continuer à avancer, ne pas laisser les ombres la rattraper.

Elle se redressa avec difficulté, faisant fis de la douler qui irradia dans ses membres et s'efforça de rependre sa course. Sa respiration était plus saccadée que jamais et malgré tout les efforts qu'elle faisait pour repousser cette pensée, elle savait que son rythme avait grandement diminué suite à sa chute. Une douleur sourde lui transperçait la jambe droite qu'elle trainait légèrement derrière elle et elle sentait la fatigue commencer à prendre le pas sur l'adrénaline.

Bientôt, elle ne pourrait plus continuer. Elle serait forcée de se reposer. Et à ce moment, les ombres s'embarreraient d'elle.

***

- Merci.

La serveuse ignora superbement les remerciements de Martine ne prenant pas même la peine de lui accorder un regard. Elle se contenta de continuer son chemin, retournant derrière le comptoir de réception en attente de l'arrivée d'autres clients qu'elle s'efforçerait d'ignorer avec le même zèle qu'elle venait d'exhiber.

Martine ne s'en étonna guère et en prit encore moins ombrage. Elle se satisfit de prendre une gorgée du café latté que l'employée du café venait de lui emporter, et une fois qu'elle eut déposé la tasse, elle ouvrit le premier journal avec détermination.

Maintenant confortablement installée et avec un plan d'action raisonnable, sa situation ne lui semblait plus aussi insurmontable qu'auparavant. Il lui semblait même qu'avec un peu de temps et de travail, elle pourrait s'en sortir.

C'est donc le coeur emplit d'un nouvel optimisme qu'elle tourna les pages du journal avant de s'arrêter aux annonces et qu'elle commença à feuilleter les recherches d'emplois.
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